Les injections amaigrissantes poussent Heineken à revoir sa carte
Une présentation Heineken consultée par Reuters demande aux clients de l'hôtellerie-restauration britannique de promouvoir les demi-pintes et le sans alcool.

Heineken a averti ses clients de l'hôtellerie-restauration britannique que les injections amaigrissantes commencent à entamer les ventes de bière, et leur a demandé d'adapter leurs cartes de boissons avant que la tendance ne s'accentue.
L'avertissement figure dans une présentation de l'entreprise, consultée par Reuters, que Heineken a récemment envoyée à ses clients pubs, bars et restaurants britanniques. Le document indique que les médicaments GLP-1 peuvent réduire l'appétit et la consommation d'alcool par « satiété et moins de tournées », et que la session traditionnelle à plusieurs pintes pourrait devenir plus difficile à tenir.
Le conseil de Heineken est concret : demi-pintes, boissons peu ou pas alcoolisées, petites assiettes en accompagnement. La présentation avertit que les établissements qui ne s'adaptent pas risquent de perdre fréquentation et chiffre d'affaires, pas seulement de changer une contenance de verre pour une autre.
Moins de 300 millions de livres des 14 milliards que la bière fait tourner dans les pubs britanniques proviennent déjà de boissons peu ou pas alcoolisées.
Pourquoi les injections amaigrissantes inquiètent Heineken
Les chiffres expliquent la nervosité. La bière a généré près de 14 milliards de livres de ventes dans les pubs, bars et restaurants britanniques sur l'année close à février 2026, selon les propres données britanniques de Heineken, une année où l'hôtellerie-restauration britannique a connu son meilleur mois de 2026 en septembre. Moins de 300 millions de livres de cette somme provenaient de bières peu ou pas alcoolisées, une part infime de la catégorie que Heineken demande désormais de pousser plus fort.
Cette part progressait déjà par elle-même : les ventes de bières peu ou pas alcoolisées ont augmenté de 12 % au premier semestre 2026, avant même que l'usage du GLP-1 ne devienne un sujet de conseil d'administration. Les injections ajoutent de l'urgence à un basculement déjà engagé.
Combien de buveurs prennent déjà du GLP-1
Le cabinet d'études KAM Insight a établi que jusqu'à 7 % des adultes britanniques, près de quatre millions de personnes, prenaient des médicaments GLP-1 en 2025. Mintel situe le cercle d'intérêt plus large encore, un quart des adultes britanniques se disant prêts à les envisager. Aucun des deux cabinets n'a publié la taille de l'échantillon derrière ces chiffres.
Des données PwC citées dans la même enquête montrent que 61 % des utilisateurs de GLP-1 dépensent moins au restaurant. Parmi ceux qui réduisent leur budget, 28 % commandent moins d'alcool et 26 % moins de desserts, les deux catégories dont pubs et restaurants tirent le plus de marge.
Un porte-parole de Heineken — le brasseur négocie par ailleurs le rachat des pubs de Stonegate — a indiqué que la présentation s'inscrivait dans le dialogue habituel du brasseur avec les entreprises de l'hôtellerie-restauration britannique, et que le groupe observe des « changements de comportement de consommation » chez les utilisateurs de GLP-1, qu'il continuera de suivre jusqu'en 2027.
Pour l'instant, la demande reste modeste au regard de la taille du secteur : moins de pintes entières, plus de demies, un peu plus à manger à côté. Reste à savoir si cela suffira — une question à laquelle Heineken dit ne pas encore pouvoir répondre.


